"Souvenirs Solides"

 

"Je m’appelle Lara Micheli, je suis née à Genève en 1990. J’ai toujours dessiné et pris des photos, j’utilisais en cachette l’appareil argentique de mon père. C’est lui qui immortalisait notre enfance. Il découvrait mes photos «volées» en allant faire développer ses pellicules au labo. Une fois, il y avait une photo de ma petite soeur que j’avais faite poser alors qu’elle était nue, on devait avoir sept et huit ans. Mon père me reparle encore de la tête du type et de son regard accusateur quand il lui a rendu ses clichés ce jour-là !

 

Après mon bac, je suis partie en Australie et au Cambodge. J’ai emmené avec moi un tout petit appareil, un Rollei 35. Ensuite j’ai passé quelques mois à Londres avant de m’installer à Paris. J’ai étudié l’Histoire de l’Art. Puis j’ai pris des cours de photographie en ligne, grâce à l’International Center of Photography de New York, qui est un musée mais aussi une école. Le Polaroïd est arrivé comme une révélation en 2014 quand mon amie Malgosia Bela m’a demandé de prendre ses photos pour le DIY Project de la marque Rag & Bone. Je n’ai jamais cessé de prendre des images instantanées, je ne fais même plus que ça. Et je pense que depuis tout ce temps, ma vue est devenue carrée ! J’utilise principalement un appareil SX-70 mais je change parfois pour un Spectra dont le format légèrement différent apporte un aspect plus cinématique.

 

J’aime la beauté très 70’s que cette technique donne aux gens que je photographie, aux femmes spécialement. Les images sont pures, non-retouchées. C’est pour ça que je prends beaucoup de temps avant de presser sur le déclencheur. J’hésite, je change de position, cherche un meilleur angle, un cadrage plus juste. Mais je ne réfléchis pas des heures, le processus est assez spontané, instinctif. Quand je regarde dans le viseur je me dis : « ce que tu vois, c’est ce que tu auras à l’arrivée, il n’y aura pas de miracle de la technologie pour sauver cette image si elle n’est pas bonne.» Le procédé polaroïd m’aide à accepter l’imperfection, à l’aimer même. Elle devient le fil conducteur de mon travail. Ce que je recherche, c’est la justesse des sentiments et c’est justement l’imperfection qui facilite leur transmission à travers mes images. C’est très important pour moi, dans un monde submergé d’images qui nous trompent, que le spectateur puisse regarder mes tirages en baissant la garde.

 

Après la prise de vue, je scanne mes polas. Les originaux sont des points de départ, je m’en sers et les garde comme des négatifs.  Ensuite je peux les faire agrandir sans pour autant perdre leur aspect initial, même sur des formats importants.

 

J’ai beaucoup photographié les coulisses de défilés ou de shooting de mode pour des marques de lingerie principalement. J’adore la spontanéité et la liberté que permet cet exercice. Les gens sont beaucoup plus à l’aise devant un polaroïd que n’importe quel autre appareil. Ils savent que l’esthétique vintage, l’aspect onirique et mélancolique opérera sa magie. Et ça ne manque jamais. 

 

 Ce qui me donne envie de saisir mon appareil et capturer l’instant sont des petits détails de la vie quotidienne, mes proches, les enfants qui grandissent. Une chanson, un film, un livre qui me plongent dans un certain état émotionnel que j’ai besoin de transmettre en image. Les choses que je voudrais ne jamais oublier. Je crois que je cherche à rendre éternel ce qui est au départ anecdotique. Mes polaroïds sont des souvenirs solides. 

  • Black Instagram Icon